Les cyclistes pourraient bientôt emprunter les sens interditsLyon deviendra-t-elle la capitale européenne du double sens cyclable? Un décret le permet. Il reste au maire de Lyon à prendre l’arrêté qui officialise la pratique et d’en fixer l’ampleurLyon, qui s’est suffisamment vantée de posséder la zone 30 la plus vaste d’Europe, se voit du même coup potentiellement dotée du plus grand réseau de rues à double sens cyclables.
CQFD. L’association La Ville à Vélo, qui défend depuis longtemps cette pratique de circuler, a sauté sur le décret qui l’introduit dans le code de la route, pour lancer une campagne de mobilisation. Pétition à l’appui. Son objectif : inciter le maire de Lyon Gérard Collomb à prendre l’arrêté qui officialisera ce double sens cyclable (lire ci-contre).
Outre le fait que Lyon a commencé au mandat précédent la promotion du vélo, le faible coût d’aménagement du nouveau dispositif joue en sa faveur. Là où réaliser de véritables pistes cyclables qui manquent à Lyon, grèverait les budgets, le double sens peut se traduire par un « simple » coup de pinceau sur la chaussée et par la pose de panneaux. « En ce moment, toute mesure qui ne coûte pas cher est une bonne mesure » rapporte un proche du maire de Lyon. La patrie des Vélo’v va-t-elle alors foncer sur le sujet ?
« On ira en toute sécurité », tempère Gilles Vesco délégué aux déplacements à la Ville de Lyon et vice-président du Grand Lyon. L’argument « sécurité » pèse en effet. Le maire de Lyon se verra ainsi soumettre une hypothèse haute et une hypothèse basse concernant le nombre de rues à ouvrir au double sens cyclable. Car bien qu’en zone 30, les artères les plus étroites, et celles qui additionnent des intersections délicates pourraient y échapper.
« Avant, les sens interdits l’étaient aussi pour les deux-roues, sauf exception. Maintenant il va falloir au contraire dire où ce ne sera pas autorisé… », explique encore Gilles Vesco - M.Vélo - désireux pour sa part que Lyon ne reste pas timorée sur le sujet.
Jusqu’alors, seul le 4e a fait figure de pionnier en accueillant une expérimentation sur son territoire. Expérimentation circonsrite à une seule artère du plateau croix-roussien - la rue Jacquard. Pour comparaison, une ville comme Strasbourg a débuté le double sens cycliste en 1983 pour le généraliser en 2000. Reste qu’un arrondissement comme le 1er, totalement en zone 30, n’attendait que ce décret pour avancer. Grégory Climent 1er adjoint en charge des déplacements, ainsi que Luc Voiturier délégué aux modes doux, y travaillent déjà. « Plus qu’à des rues, nous voulons réfléchir à des itinéraires », précise Grégory Climent conscient des attentes d’une population sensibilisée aux enjeux des déplacements.
En attendant, des vélos en sens interdits aux vélos sans interdits, des « anti » franchissent déjà le pas sur certains blogs et expriment leurs craintes.
Des zones dites « de rencontre » à la clé du nouveau décret Bienvenue dans un centre-ville apaisé. Le décret 2008-754 du 28 juillet 2008, qui introduit dans le code de la route, le double sens cyclable en zone 30, va plus loin en prévoyant la création de zones appelées « de rencontre ».
Si elles ne visent pas à trouver l’âme sœur (mais ça n’est pas exclu…), théoriquement ces secteurs engendreront des relations quasi idylliques entre les différents utilisateurs de l’espace public : le 20 km/h y sera en vigueur.
Les piétons auront droit à la chaussée… Bref, de quoi favoriser des échanges apaisés.
Le décret prévoit aussi un « devoir de prudence », soit une grande vigilance envers plus vulnérable que soi. Ce n’est pas forcément gagné…
« Je ne vois pas comment on peut être contre » >> Pourquoi le décret pris cet été n’est pas en vigueur ?
Lorsqu’une zone 30 existe déjà, le décret s’applique sous l’autorité de celui qui a le pouvoir de police. C’est au maire de prendre un arrêté.
>> Avez-vous bon espoir d’obtenir rapidement le double sens cyclable ?
Je sais que ça avance à Paris. Mais pour l’instant ici nous n’avons aucun écho. Il faut que la nouvelle se propage. On espère que ce ne sera pas trop long. Le législateur a fixé au plus tard mi-2010. On doit déjà attendre 2013 pour la réalisation d’un tube mode doux sous la Croix-Rousse. Il faudra deux mandats pour réaménager la rue Garibaldi, véritable autoroute urbaine... On aimerait bien que les mauvaises nouvelles ne s’accumulent pas davantage.
>> Dans les faits, la pratique est régulière.
Oui, après tout il s’agit de régulariser une situation qui existe. Le plan de circulation est fait pour enquiquiner les usagers. Il n’y a pas moyen d’aller d’un point à un autre en ligne droite. Maintenant que Lyon s’est privé de 13 millions pour inciter les Lyonnais à se déplacer en vélo, il faut être cohérent.
>> Que répondez-vous à ceux qui mettent en avant les risques ?
Je ne vois pas comment on peut être contre. Dans toutes les villes où ça a été mis en place, il n’y a pas eu d’accident. La collision frontale ne s’est jamais produite. Voir qui arrive en face pousse à ralentir. C’est bien plus efficace et moins coûteux, pour réduire la vitesse, que les gendarmes couchés.
>> La pétition lancée a-t-elle du succès ?
On a profité de la semaine de la mobilité pour faire passer le message. Petit à petit les gens s’intéressent. D’autres manifestations vont nous permettre d’informer davantage.
Il faut bien comprendre qu’on n’aménage pas la circulation en ville comme sur une autoroute ou sur une Nationale.
> Note
La Ville à vélo pétition sur le site
http://lyonvilleavelo.fubicy.org/ « Prendre les rues à contresens, nous le faisons déjà » « Un décret stipulant qu’en zone 30 les vélos peuvent prendre les sens interdits ? Je l’ignorais et, utilisant quotidiennement Vélo’v, j’en suis satisfait. Toutefois, attention ! Il me semble qu’une bonne analyse entre risques, largeur de la chaussée et facilité de circulation doit être faite avant de s’engager à vélo à contresens dans une artère à voie unique. C’est une question de bon sens », tient à dire Pierre Boinay adepte de la première heure du système Vélo’v.
« Prendre les rues à contresens, nous le faisons déjà depuis longtemps, car nous sommes d’origine hollandaise et chez nous c’est une habitude », expliquent Babette et Oscar qui travaillent à Lyon. «En revanche, je pense que chaque partenaire doit prendre ses responsabilités. En tant que vélo’viste convaincu, en sens interdit, je fais évidemment beaucoup plus attention. Mais j’aimerais qu’en face de moi, le conducteur de l’engin motorisé prenne davantage en compte le fait qu’il va lui falloir soit ralentir ou mieux se ranger », ajoute Oscar. « Il faudra sans doute un peu de temps pour que cette nouvelle réglementation rime avec cohabitation intelligente» conclut Babette.
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